Discours de Shamlou à Giessen

 

Traduction française par Hamid MAHVI

Avec la complicité de Parham SHAHRJERDI

 

Le texte du discours du poète disparu Ahmad SHAMLOU, sous-titré "Third World" dans son imprimé, a été prononcé le 2.10.1988 en Allemagne fédéral (Giessen).

 

 

 

Third World

Tiers Monde

 

 

Monsieur le directeur, Mesdames et Messieurs !

 

Permettez-moi de vous remercier de ces mains qui s'offrent à l'amitié si chaleureuse, mais aussi si inquiétes, venant de l'autre côté des remparts du monde afférent aux conforts industriels, vers nous, soi-disant,  les gens du tiers-monde.

Cet engouement généreux envers les peuples du tiers monde me touche particulierement.

Mais avant d'ouvrir le dossier concernant les problèmatiques du tiers monde, il me semble qu'il est incontournable de ne pas penser à la présence inquiétante d'un retrait de la culture et du progrès au sein même des grandes villes à travers le monde.

Nous constatons que l'ignorance et la superstition (relevant de l'irrationnel) sont devenues les traits caractéristiques et emblématiques des grandes villes, et c'est ce qui embrouille, en quelque sort, le sens que couvre le terme du tiers-monde.

Ces millions de gens pauvres et si malheureux qui habitent dans des cylindres en béton, ou sous les ponts, dans les bidonvilles, ou encore très simplement au coin des rues.

Ces gens-là, dès qu'ils trouvent une ombre sous le soleil brûlant, s'accouplent et accouchent des enfants destinés aux marécages et aux détritus afin de sauvegarder la génération des sans-abris, s'ils ne meurent pas avant, à cause de la famine.

Qui peut dire que cette misère et la famine à certains endroits de New York appartient à quel monde ? D'ailleurs, un quart de ces cinq milliards d'hommes sur notre planète vivent dans des conditions d'une extrème précarité.

Je fais l'abstraction des chiffres, et je me contente de dire que le système actuel dans le monde constitue une motivation assez forte pour des inventions artistiques et le progrès dans les sciences; c'est-à-dire ce qui justifie l'effort de la littérature et la poésie contemporaine qui parlent de la  terreur et de la famine, ou autrement dit, l'art est quand il parle de la pauvreté du monde dans tous les sens du terme.

 

Dans ce système mondial actuel, la culture semble être en retrait (ne transcende pas). Autrement dit : l'ensemble des liens affectifs visibles ou invisibles entre les hommes et l'expression des sentiments eu égard des problèmes individuels ou sociaux, ne peuvent fonctionner en conformité avec les progrès techniques, et ne peuvent non plus assurer une responsabilité mutuelle pour tout le monde.

De nos jours, le tourbillonnage contrôlé, où les pouvoirs économiques, les politiciens professionnels, les commandants militaires et les ogres de la sécurité dirigent les affaires.

Ainsi on constate que toutes les valeurs matérielles, les appareils, les institutions, les centres de production et de la communication ne se trouvent pas à la portée des hommes opprimés.

Dans des pays non developpés, nous constatons très précisément comment le produit du travail des hommes, sous forme des capitaux considérables, fout le camp afin qu'en retour devienne un instrument de répression encore plus performant.

C'est ainsi que devant l'unité de plus en plus importante des capitaux mondiaux, en contreprtie l'unité des hommes, compte tenu de leur retard, et malgré la force de réserve gigantesque qu‘ils constutuent, se retrouve démunis et neutralisés.

Penser ou imaginer le fait qu'un destin mysterieux aurait conféré chaque région du monde à un roi, c'est une idée vraiment enfantine que de croire que chaque pays soit, de manière isolée, le seul responsable direct de son propre retard.

Selon ce même décret préétabli, le monde semblerait d‘être le lieu d'une guerre de concurrence où chaque pays ait le droit de chevaucher sauvagement, de piller, d'exporter, et avec mille détours et ruses, et de s'emparer des marchés à travers le monde.

Si cela est vrai, le tiers monde par rapport au monde dévéloppé tient à des tâches qui ne sont ni nécessaires ni universelles; dans ce cas-là, le titre attribué à ce monde, en tant que  tiers monde, n‘est qu‘une manière protocolaire, qui reléve du vocabulaire du langage de la bonne volonté, et du caritatif.

 

Bref, le monde de la bataille concurrentielle existe bel et bien, mais non pour tout le monde et ni dans le but de satisfaire tous les besoins nécessaires à la vie.

La concurrence est l'affaire des ensembles industriels et particulierement des compagnies multinationaux.

Actuellement on éstime que la valeur d'une vingtaine de ces compagnies d'avant-garde relève de plus de Mille milliards de Dollars, c'est à dire une somme qui vaut cent fois plus que le revenu national de

ma patrie Zambi,

ma patrie Chili

ma patrie Bulgare

ma patrie Bangladeche.

Et même ma patrie Iran, qui proportionnellement se retrouve parmi les plus riches entre les plus pauvres à cause de ses mines de pétrole et de gaz.

Ce qu'il faudrait savoir, c'est que la concurrence, dès qu'elle franchit le seuil du tiers monde, du coup se métamorphose en un moyen de domination et d'exploitation, bien que la balance n'est pas égale et que les profits économiques concernant ces régions sont moins importants que dans les pays industriels.

Chili est le producteur le plus important de cuivre dans le monde, et exporte plus d'un million de tonnes vers des pays industriels, en particulier vers les Etats Unis, le Japon, l'Allemagne et l'Angleterre.

Pourtant le salaire des ouvriers qui travaillent dans cette branche de production est dix fois moins que les ouvriers travaillants dans le même secteur aux Etats Unis. Tout en sachant que depuis une dixaine d'années, les importations de Chili en provenance de ces pays ont connu une hausse de valeur, à peu près deux fois plus.

La stagnation du marché de cuivre en 1972, sous nos yeux, aboutit à une conspiration du capitalisme mondial et Pinoché arrive au pouvoir par un coup d'état.

Le peuple de Chili qui avec tout leur âme oeuvrait dans les ruages du monde industriel, commence à se retirer au profit des capitalistes mondiaux. Le critère d'une telle relation demeure dans la balance du diable.

Tout ce qui sort des ressources des pays dits du tiers monde, tout ce qui est de l'ordre de la main d'oeuvre de nos ouvriers dans des entreprises multinationaux, tout ce qui sort de la caisse des Etats fantoches, aventuriers ou réactionnaires au profit des marchands d'armes internationaux, tout cela est nécessaire comme de l'oxygène à la vie des pouvoirs existants.

Partout dans le monde, en Occident et en Orient, on entend dire que : <<Heureusement que depuis quelque quatre décennies il n'y a pas eu de guerre mondiale.>>

Mais quel aveuglement !

Tout au long de ces quarante dernières années, des multiples guerres ont ravagé beaucoup de pays dans le monde.

Sans aucun doute, la guerre dans les pays du tiers monde n'est pas leur guerre; ils exportent tout simplement leur guerre vers des pays du tiers monde, grâce à quoi les usines de fabrication d'armes se mettent en marche.

N'est-ce pas que si ces guerres-là ne se déclenchaient pas, il fallait fermer le portail de ce genre d'usines ?

Pourquoi les revenus du tiers monde, au lieu de contribuer au développement et à tout ce qui est dans l'ordre de la transcendance de l'être humain, devraient être réservés à l'achat des instruments de la mise à mort des peuples opprimés semblables à eux mêmes ?

 

Mais, vis à vis de l'emprise de l'Occident industrialisé, ainsi que le camp de l‘Est, même si nous croyons que leur armement était par réaction devant l‘ouest, avec la présence non justifiée, et des coups d‘Etat déguisés en révolution, ont procédé également par l‘exploitation et des exactions diverses. Tout compte fait, le résultat final de cette situation, dans son fonctionnement, pour nous les gens du tiers monde, ne nous a apporté que la déception.

 

En fait, nous ne pouvons pas encore prévoir le destin de camp des sans-abris à travers le monde par rapport à l'avenir de l'évolution globale de ce qu'on appelle l'affaire de Prestroica, pendant ces quelques dernières années.

La vérité, c'est qu'aujourd'hui, malgré les slogans d'apparence humaniste ou les rites de bonne manière, protocolaire diplomatique en vogue, nous pouvons observer qu‘ à chaque fois que l'occasion se prétait à un profit économique ou politique, ces deux concurrents n'ont pas hésité d'abord à en profiter, et c'est par la suite qu'ils pensaient à l'aspect moral et humanitaire.

Bien qu'ils manifestaient un intérêt sur la nécessité vitale, mais ce qu'ils ont accordé aux esclaves du vingtième siècle, que nous sommes, n'était que des miettes. Mais, on ne peut remplir le trou de l'estomac d'aujourd'hui avec le pain de demain.

Les capitaux antagonistes qu'auparavant s'attiraient mutuellement dans des guet-apens pour se dévorer, voilà qu'aujourd'hui au niveau mondial, nous constatons qu'ils sont devenus solidaires et fraternels, se réunissent en se déployant sous forme d‘une globalité.

 

Mais de toute façon, dès qu'il s'agit des peuples opprimés, ils n'hésitent même pas à utiliser l'armée professionnelle, les formations sociales particulières et la répression politique planifiée, qui démontrent les relations incontournables de ces pouvoirs, du haut en bas, dans les affaires du tiers monde.

Ils procèdent également par l'établissemnt d'une dépendance des pays par un Etat fantoche d'apparence démocratique, l‘affaire des Etats dépendants sont encore autre chose. Mais, en tout cas malgé la liberté accordée à ce genre d'Etat, il faudrait qu'il soit accompagné de crises.

 

C'est d'une évidence et que nous pouvons voir ce qui se passe dans les métropoles, là où nous ne sommes que des membres sans importances et étrangers.

Ainsi, nous ne pouvons exprimer notre vision de la pauvreté et l'injustice du système dominant sur l'ensemble du monde qu'en éliminant l'expression du Tiers Monde.

Non, il n'existe pas quelque chose qui porte le nom du Tiers Monde, dans le sens d'un monde qui n'a pas pu se débrouiller.

 

La culture universelle, c'est l'ensemble des toutes les cultures. Mais si, aujourd'hui, la part du tiers monde n'est pas suffisante dans cet ensemble, c'est premièrement à cause de la pauvreté économique, et ensuit à cause de la domination de la politique des capitaux mondiaux et la répression exércée par les Etats fantoches.

Bref, dans cette situation il y a seulement la place pour l'épanouissement de l'élement réactionnaire de la culture d'autochtone.

A ce sujet j'ai une anecdote qui résume mon propos, qui est un exemple historique très intréssant.

Nous nous rappellons avec beaucoup de décéptions un bouleversement qui a fait trembler l'Inde pendant trois ans en 1857.

Le bouleversement était de telle envergure que les militaires de l'armée indienne de l'Angleterre se sont ralliés aux insurgés, et c'est ainsi que l'émeute s'est transformée en un soulèvement armé et avait causé beaucoup de difficultés pour le collonisateur.

Le motif de l'insurrection n'était ni pour l'indépendance, ni à cause de la famine et la pauvreté, mais tout simplement parce que l'huile des fusils "Handfield" (?) de l'armée indienne de l'Angleterre était un mélange composé du gras de la vache sacrée des indous et du porc répudié des musulmans, voilà de quoi verser le sang pendant trois ans !

 

Hélas que la pauvreté, tout simplement, c'est l'agonie de la sagesse!

Ce système défaillant qui est saturé de contradictions tient seulement à une petite partie du monde et c'est ce petit bout du monde qui est gardé sur l'orbite des investissements et le reste de la planète est laissé pour compte et transformé pour ne plus être qu'une grande poubelle destiné à contenir les déchets du monde développé..

Même si on croit à l'alphabétisation comme un élément indispensable au développement de la culture, l'état de l'exploitation opprimante ne laisse aucun espoir pour ce genre de débat.

Supposons qu'un tel programme soit l'affaire des Etats, mais les Eats qui font tout pour garder les peuples dans l'ignorance et ces quelques clairvoyants qui existent, sont condamnés au silence, dépourvu de toute possibilité de critique.

Comment est-ce possible que ces pouvoirs  puissent tolérer la libérté; que de sages qui se retrouvent derrière les barreaux de prison.

Si le développement de la science et de l'art en posture de critique transcendente de la culture des masses contribuent à enrayer des formes de pensées sclérosées, irrationnelles, et supertitieuses chez les masses, la présence des Etats qui surveillent avec l'acharnement que les peuples ne découvrent pas la vérité, ne nous laisse aucun espoir d'absolution.

On ne peut donc pas tenir compte sur la bienveillance des Etats pour ratraper le retard.

Mais, avec beaucoup de regrets, je dois dire que la vérité, c‘est que nous tournons en rond. Il y a trente cinq ans déjà que j‘ai composé un poéme :

 

Et l‘homme attend l‘effondrement prochain,

des murs de sa chambre

par la petite fenêtre de sa cabane, il contemple un arbre desséché :

sur lequel un oiseau noir a fait son nid

Et l‘homme qui tous les jours, derrière sa petite fenêtre épique

s‘inquiétait pour ce qui se passait dans la ruelle,

Il se dit : Si mon arbre fleurisse, l‘oiseau noir s‘envolera

Si l‘oiseau noir s‘emporte ailleurs, mon arbre fleurira.

 

Je voudrais dire que tant qu'il y a la pauvreté, l'ignorance persiste. Mais, l'ignorance - dans le sens propre ou sous forme de lavage du cerveau - persisterait même après l'abolution de la pauvreté.

 

...Nous ne pouvons pas attendre jusqu'au jour promis de la libération des hommes, qu'une révolution mondiale puisse anéantir les fondemments de l'inégalité, de l'exploitation et la maladie de domination chez un individu ou un groupe.

 

Admettons que chaque révolte sociale dans le sens unifié de la libération soit une part de la révolution mondiale qui d'ailleur cristalise l'effort long et pénible de l'homme contemporain.

Pour nous les intellectuels d'origine de ce genre de pays, qui ne demandons rien pour nous, ils nous laissent aucun moyen de communiquer nos oeuvres.

Nos Etats nous considèrent comme l'ennemi de la santé mentale publique, et tandis qu'ils travaillent à nous jeter dans l'oubliètte eu égard les masses tenus à l'écart, les plus lucides veillent sur nous.

Mais nous (les artistes) ne pouvons pas, et d'ailleur je ne pense pas que cela soit efficace de donner l'espoir aux gens par nos oeuvres symboliques, s'il n'y a pas une aide fondammantale pour changer la structure de la vie de ces gens là.

Nous ne pouvons pas nous accommoder de la parole symbolique et énigmatique au près des gens qui vivent dans la précarité.

 

Je n'ai pas de foi en miracle, mais je dis clairement en votre présence,  que vous qui êtes tant inquiets  pour la réalité du monde actuel, je formule ainsi ma triste résolution :

L'intellectuel d'origine du tiers-monde devrait produire un miracle et il ne lui reste qu'à traverser la montagne de l'impossible.

 

 

 

 

 

 
 
 
 
 
 

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